Famille d’accueil et fière de l’être !
Accueil À propos Associations Nous joindre
   
 

Partenariats

 

Nos partenaires
• En tant que partenaires...
• Recherche

   
 
   

Recherche – Centre de recherche JEFAR

Partenariat et recherche
On entend parler depuis quelques années de résilience chez des enfants qui, malgré les coups du sort, ont réussi à surmonter des épreuves et reprendre le cours normal de leur développement. En France, l’éthologue et neuropsychiatre Boris Cyrulnik est le premier qui
a vulgarisé le concept. Au Québec, le psychiatre Michel Lemay est l’un de ses promoteurs importants. Dans le cadre du partenariat de recherche entre le Centre de recherche JEFAR
et la Fédération des familles d’accueil du Québec, nous vous présentons un texte de Sylvie Drapeau et Rachel Lépine qui porte sur la résilience chez les enfants placés. Ce texte a été élaboré à partir d’une recherche réalisée en 2003 auprès de douze jeunes âgés entre 15 et
17 ans pris en charge par le Centre jeunesse de Québec – Institut universitaire en vertu de
la Loi sur la protection de la jeunesse. Ces jeunes devaient être placés durant au moins trois mois suite à une décision de placement, en centre de réadaptation, en foyer de groupe ou en famille d’accueil, et être identifiés comme des adolescents résilients. Voici l’une de leurs histoires.
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

La résilience chez les enfants placés, pour mieux comprendre et intervenir
Sylvie Drapeau, Ph. D. et Rachel Lépine, M. Soc.
Centre de recherche sur les jeunes et les familles à risque (JEFAR), Université Laval

L’histoire de Samuel (nom fictif)
Lorsqu’il était âgé de dix ans, Samuel jouait déjà un rôle très important auprès de sa sœur âgée de six ans. Il la gardait, la nourrissait et il allait la reconduire à l’école. Il l’aidait également à faire ses devoirs, la consolait et la mettait au lit le soir. Lorsqu’il raconte cet épisode de sa vie, Samuel en fait le récit de son meilleur souvenir, mais aussi celui de son plus mauvais souvenir. Son plus mauvais souvenir, parce qu’il a dû rester seul la nuit et être responsable de sa sœur durant des mois, et son meilleur souvenir, parce qu’un jour son oncle et sa tante sont enfin venus les chercher, aidés en cela du DPJ qui ordonna, par la suite, un placement des enfants jusqu’à leur majorité, en raison de la négligence des parents. Samuel n’a connu qu’une seule famille d’accueil dans laquelle il lui a été facile de s’intégrer, son frère aîné ayant été recueilli par les membres de cette famille quelques années auparavant. Son frère l’initie alors à divers sports. En quelques années, Samuel excelle dans ces derniers. Samuel améliore son comportement et ses résultats à l’école. La réussite et le succès qu’il remporte dans l’exercice de ces activités le valorisent beaucoup, « ça m’a apporté le bonheur », nous affirme-t-il. L’intervenante qui s’occupe de Samuel le décrit aujourd’hui comme étant un jeune souriant, serviable et qui s’ouvre facilement.

L’histoire de Samuel illustre une partie des raisons pour lesquelles certains jeunes aux prises avec de grandes difficultés personnelles et familiales s’en sortent mieux que d’autres qui, pourtant, sont exposés aux mêmes conditions ou situations de vie (pauvreté, négligence parentale, toxicomanie, situations d’abus physiques ou sexuels, criminalité, etc.) ?

Qu’est-ce que la résilience et comment ce concept peut-il être utile aux parents de familles d’accueil qui reçoivent des enfants blessés ?
La résilience est définie comme la présence ou le maintien de compétences malgré un contexte de risques (Masten et Coatsworth, 1998). Un jeune résilient est un enfant ou un adolescent qui présente une adaptation réussie en dépit de circonstances adverses. Dans les premiers travaux du domaine, le concept de résilience était surtout compris de manière unidimensionnelle; on parlait alors de l’invulnérabilité des enfants. Ce terme a par la suite été remplacé par celui de résilience. Plus qu’un changement d’ordre sémantique, il reflète une meilleure compréhension de ce que recouvre la résilience. Premièrement, il est désormais reconnu que les enfants résilients ne sont pas invulnérables dans le sens où ils ne seraient pas du tout atteints par l’adversité. Des travaux montrent en effet que l’enfant résilient peut tout de même vivre une grande détresse émotionnelle. Deuxièmement, dans plusieurs recherches récentes, l’évaluation de diverses sphères de compétence (scolaire ou employabilité, relations avec les pairs, relations avec les adultes, comportement, caractéristiques personnelles) a permis de constater la nature multidimensionnelle du concept. Une proportion relativement faible des enfants est résiliente dans toutes les
sphères; pour la majorité, la résilience s’observe dans un ou deux domaines spécifiques.

Les ressorts de la résilience
D’une manière générale, les facteurs de protection favorisant la résilience sont désormais assez bien connus ; ils sont de trois ordres, individuel, familial et environnemental. Les facteurs individuels ayant été plus fréquemment associés à la résilience sont l’intelligence, les habiletés sociales, l’estime de soi, la perception de contrôle, la capacité de solutionner des problèmes, l’empathie, le tempérament dans la petite enfance, et la foi ou l’espérance. Les facteurs familiaux corrélés avec la résilience chez l’enfant sont la présence d’un parent attentionné, les liens affectifs soutenants dans la famille, les attentes
positives envers l’enfant, un style parental démocratique, la santé mentale des parents, le petit nombre d’enfants dans la famille et les liens avec le réseau familial étendu. Sur le plan environnemental, on retrouve notamment les liens avec des adultes « pro sociaux » et la fréquentation d’une institution qui offre un soutien des compétences, de la détermination et du sens à la vie, comme dans l’histoire de Samuel.

Au-delà des connaissances qui nous aident à comprendre les facteurs de protection favorisant la résilience, il faut surtout se demander comment ces facteurs parviennent
à inscrire les jeunes dans des trajectoires positives.

Les points tournants : moteurs du changement
Chez les jeunes que nous avons interrogés, il y a d’abord un point tournant qui marque le début de la trajectoire vers la résilience. Nous avons identifié trois types : l’action, la relation et la réflexion.

L’action est un point tournant caractérisée par une réalisation du jeune qui amène chez lui
un sentiment d’accomplissement. « La plus grande chose, la plus importante, ça a été de travailler… Ça m’a changé comme la façon de m’exprimer, parce que j’avais de la misère
à m’exprimer. Je connaissais moins de monde, je n’avais pas d’amis… C’est un coup de chance. Il y avait vingt-quatre personnes pour l’entrevue. J’étais dans les dix ».

La relation est un point tournant relié à la création d’un lien significatif avec un adulte (un intervenant ou un autre adulte) qui croit au jeune. Comme dans le cas de Samuel, l’établissement d’un lien de confiance et l’émergence du sentiment de sécurité qui en découle, lui a permis la reprise de son développement. « L’affaire la plus importante qui me soit arrivée dans ma vie c’est quand mon tuteur et mon oncle sont venus me chercher avec ma petite sœur » : Qu’est-ce que cet événement a changé dans ta vie ? « Ben ça l’a changé qu’on pouvait manger beaucoup, pis on était mieux, pis on était plus encadré ». Depuis que je suis arrivé chez mon frère, ça va beaucoup mieux. Ça a changé depuis ce temps-là. C’est depuis ce temps-là que je suis bien ».

La réflexion est un point tournant relié à la prise de conscience soudaine ou graduelle chez le jeune. Plusieurs motifs paraissent sous-jacents à la prise de conscience : la colère face au centre jeunesse, la peur des conséquences, le ras-le-bol et aussi l’aide reçue. Dans l’extrait qui suit, le jeune veut mettre un terme aux multiples changements de milieux occasionnés par le placement.

« Je changeais tout le temps de places, je me disais « voyons qu’est-ce qui se passe, ça ne va pas bien », je n’étais pas contente. Je suis tannée de changer de places. Il faut que je me trouve une place où je vais rester. J’étais tannée de changer de places puis mon TS aussi, il est tanné que je change de places  (…).  Ce n’est pas pour rien que je suis rentrée ici. C’est à cause de moi que je suis rentrée ici, c’est à cause de mon attitude. Une grosse histoire. C’est niaiseux mais c’est ça pareil. J’ai réfléchi, puis je ne recommencerais pas cette connerie là deux fois, parce que ça ne me tente vraiment, vraiment pas de remettre les
pieds ici ».

Que se passe-t-il ensuite ?
Bifurquer de trajectoire, c’est possible, mais encore faut-il que le jeune puisse poursuivre
ou avancer sur ce nouveau chemin. Si le point tournant est le moteur du changement, les processus qui sont mis en branle renforcent cette première impulsion et consolident ce changement de trajectoire. Dans cette recherche, nous avons identifié quatre processus.

1- L’augmentation du sentiment d’efficacité
Ce processus résulte d’une conviction d’avoir réussi à surmonter un obstacle, d’avoir maîtrisé une situation ou de s’être surpassé. Le jeune se positionne comme un acteur compétent dans son cheminement, ce qui l’aide à continuer.

« Parce que j’ai réussi à passer au travers la dépression puis tout ça. Quand je suis arrivée ici, c’était quand même assez difficile et même les éducateurs disaient: « Va t-elle passer
à travers cette fois-ci ? Elle a été capable les autres fois mais là, c’est vraiment plus gros, c’est la pire fois ». C’est la pire marche que j’ai eu à surmonter dans ma vie. Toutes les affaires, au niveau familial, ça ne marchait pas, scolaire, la drogue, mes amis, mon ex... Mais j’avoue, j’ai été capable quand même de passer par-dessus ça et de m’encourager
avec ça ».

2- La distanciation face aux risques
Les règles de vie imposées dans le centre de réadaptation, la famille d’accueil ou le foyer
de groupe amènent, consolident les changements amorcés chez les jeunes (particulièrement chez ceux ayant fait une prise de conscience).

« Bien, je ne me tiens plus avec mes chums de conso. Avant, j’allais jusque dans leur coin parce qu’ils habitent plus loin, j’allais juste fumer puis niaiser. On restait assis sur une table et on checkait (regardait) les chars passer. Mais, il y a des choses bien plus le fun à faire que ça ».

3- L’apparition de nouvelles occasions
Ayant emprunté une nouvelle voie, le jeune entrevoit d’autres chemins et d’autres horizons. Ce qui lui permet de continuer à avancer. Le jeune est prêt à saisir de nouvelles occasions qui peuvent prendre la forme d’activités artistiques, d’engagements communautaires ou autres. L’entourage tend aussi des perches à un jeune sur la bonne voie.

« Parce que voilà à peu près deux ans, j’avais une ts (travailleuse sociale), elle s’appelait x. Elle m’a dit: “Ça te tenterais-tu dans à peu près deux semaines, deux ou trois semaines, je viendrais avec eux autres (les enfants) pour que tu les conseilles et tout, pour montrer une jeune qui vient de s’en sortir”. Ça fait que ça se peut qu’ils viennent et
que je leur parle ».

4- La propagation des gains
Les jeunes remarquent des répercussions positives en chaîne à la suite du point tournant. On pourrait aussi parler d’effet en cascade, l’un entraînant l’autre. Ces effets s’observent dans les domaines familial, scolaire, social et comportemental. « Ça va mieux. J’ai déjà des 100 % dans trois matières. Quand ça va mieux dans ta tête, ça va mieux à l’école. Tu es plus concentrée ».

Comment le concept de résilience peut-il être utile aux parents d’accueil ?
L’analyse des entrevues nous a permis de constater jusqu’à quel point la présence d’un lien significatif positif avec un ou des adultes joue un rôle important dans la résilience des jeunes placés. Si ce lien n’est pas établi directement auprès d’un membre de la famille immédiate (mère, beau-père ou fratrie), on retrouvera, une tante, un cousin, un entraîneur, un professeur ou un autre adulte significatif avec qui le jeune a développé un lien de confiance. En fait, tous les jeunes rencontrés ont mentionné au moins un lien significatif avec les membres de leur entourage. Cette observation nous permet de mieux comprendre que ceux qui ont réussi à surmonter leurs épreuves ont pu compter autour d’eux sur la présence de proches qui ont bien voulu leur servir, à un moment ou l’autre de leur vie, de « tuteur de remplacement » (Cyrulnik, 2003). Ces adultes jouent ainsi un rôle clé pour soutenir et orienter les jeunes dans la reprise de leur développement.

En conclusion
La résilience ne doit pas être considérée comme un attribut fixe de la personne, mais bien comme une caractéristique qui peut se développer dans le temps ; elle peut donc être sujette à l’intervention. Les connaissances générées dans le cadre des recherches récentes permettent d’envisager de nouvelles cibles d’intervention afin de favoriser la résilience chez les jeunes placés pour qui le processus ne se met pas en place de façon naturelle. Elles s’inscrivent dans les préoccupations et les intérêts des intervenants qui cherchent de nouvelles avenues pour répondre aux besoins des jeunes et des familles suivis par les services de protection. En voici quelques unes.

• Considérer les jeunes placés comme des ressources dans le processus de recherche de solution.
• Une rencontre significative ou l’implication dans une activité dans laquelle le jeune réussit, peuvent constituer des points tournants dans une trajectoire.
• Le jeune doit être au centre du processus d’intervention puisque la prise de conscience et la volonté de s’en sortir apparaissent des éléments essentiels de la bifurcation de trajectoire vers la résilience.

Pour plus d’information sur cette recherche :
rachel.lepine@jefar.ulaval.ca

Sylvie Drapeau, Marie-Christine Saint-Jacques, Rachel Lépine, Gilles Bégin,
Martine Bernard, (2003). La résilience chez les adolescents placés.
Centre de recherche JEFAR, Université Laval.

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le lien avec le parent d'origine des enfants en situation de placement
du point de vue des parents d'accueil / Piste de réflexion autour
d’un projet de recherche

Par Isabelle Beaumier

Dans le domaine de la recherche sur le placement des enfants en famille d’accueil, plusieurs auteurs insistent sur l’importance de tenir compte du point de vue des principaux acteurs du placement soit : les enfants, les parents et les familles d’accueil (Chapon-crouzet, 2005 ; Poirier & al., 2005 ; Rhodes & al., 2006). Certains vont se pencher sur les perceptions des jeunes en famille d’accueil alors que d’autres iront interroger les parents de la famille d’origine. Mais qu’en est–il de la perception des parents d’accueil ?

Lors d’un stage au Centre jeunesse de Québec – Institut universitaire (CJQ-IU), j’ai eu l’occasion de mener diverses interventions auprès de familles d’accueil pour qui le lien (contacts, échanges ou relations) avec les parents de la famille d’origine n’était pas toujours facile. Ceci m’a amenée à réfléchir sur cette relation. De plus, une recension des écrits sur le sujet m’a permis de constater que peu de travaux portent sur la perspective des parents d’accueil concernant le maintien des liens entre l’enfant placé et ses parents, pas plus qu’au niveau des liens entre les parents d’accueil et la famille d’origine. Ainsi, j’ai décidé de consacrer mon mémoire de maîtrise à ce sujet qui apparaît comme étant d’autant plus pertinent dans le contexte actuel de la réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ).

En ce qui a trait au rôle de parent d’accueil, que certains auteurs définissent en terme de suppléance familiale (Chapon-crouzet, 2005), plusieurs études rapportent que le maintien et la fréquence des contacts du jeune avec le parent de sa famille d’origine peuvent favoriser un éventuel retour de l’enfant dans sa famille d’origine (Simard, 2007 ; Barber & Delfabbro, 2003; Mech, 1985). Pour ce qui est de l’implication parentale lors du placement d’un jeune en famille d’accueil, les travaux de Poirier et Simard (2006) ont récemment fait ressortir les résultats suivants : généralement, le parent d’origine démontre une plus faible implication au niveau des tâches et activités scolaires. Il démontre néanmoins une plus grande implication en ce qui a trait à l’éducation en général, notamment au niveau des comportements et des attitudes de son enfant ainsi qu’à son progrès. De plus, on constate généralement qu’il y a une plus grande implication du parent lorsque celui-ci perçoit une attitude positive de la part des parents d’accueil et des intervenants en lien avec sa participation. Poirier et Simard (2006) émettent l’hypothèse selon laquelle il y a un manque de clarification sur le plan des rôles parentaux entre les parents d’accueil et les parents d’origine. Au chapitre des interventions, une étude récente rapporte que, même si la majorité des jeunes vivant en famille d’accueil ont un plan de visite avec le parent d’origine, une fois sur cinq, il n’est pas respecté (Barber & Delfabbro, 2003). À l’inverse, 20 % des jeunes n’ayant pas de plan de visite clairement établi ont un contact régulier avec leur parent d’origine. Ces résultats nous indiquent que, même si les intervenants reconnaissent l’importance d’établir un plan encadrant les visites entre l’enfant et son parent, ce dernier ne serait pas toujours appliqué. À la lumière de ce bref survol sur le placement en famille d’accueil, ces résultats suggèrent que la relation entre le parent d’origine et le parent d’accueil mérite d’être mieux documentée et ce, dans le but d’établir un meilleur partenariat entre les personnes qui oeuvrent au bien-être des enfants.

Parallèlement à mon mémoire de maîtrise, je participe actuellement à la mise en place d’une formation qu’offrira le CJQ-IU aux parents d’accueil à l’automne 2008. L’objectif de cette formation a pour but de mieux préparer et d’outiller les parents d’accueil en ce qui a trait au lien avec les parents de la famille d’origine. Afin d’élaborer le contenu de cette formation, Francine Couillard (agente de relations humaines au service des ressources au CJQ-IU) et moi allons recueillir les expériences vécues auprès de différents parents d’accueil sur la nature, la fréquence et le type de liens qu’ils entretiennent avec les parents de la famille d’origine des jeunes dont ils prennent soin. En somme, il semble y avoir une belle ouverture quant à la pertinence des parents d’accueil à se prononcer sur ce sujet, ces derniers étant des acteurs importants dans la réussite du placement et du développement des enfants.
Une piste de réflexion à suivre pour des résultats de recherche porteurs pour les familles d’accueil !

Pour en savoir plus au sujet de cette recherche :
isabelle.beaumier.1@ulaval.ca

Pour nous joindre :
rachel.lepine@jefar.ulaval.ca
www.jefar.ulaval.ca
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––